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« Technè, techniques et technologie dans l’œuvre de Michel Butor »

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Colloque international à Thessalonique, 17 et 18 Mai 2017 (Αuditorium de la Bibliothèque Centrale)

Ce colloque est organisé par le Laboratoire de Littérature Comparée, le Laboratoire de Traduction et de Traitement automatique du langage et la Section de Littérature du Département de Langue et de Littérature Françaises de l’Université Aristote de Thessalonique.

Corpus de discussion:

Entretien de Michel Butor avec Emmanuel Legeard

A Conversation with Michel Butor By Anna Otten

Michel Butor, Entretien « à l’écart » (Eden’Art, 1993)

Entretien de Michel Butor à Pierre Caran (2007)

Le blog de Didier Pobel : Chez Michel Butor, ce jour-là

Entretien de Michel Butor à Philippe Vandel

Présentation du film « La Modification » sur IMDB

Paul Ricoeur à Emmanuel Legeard, 1995

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« La tentative de compléter le concept d’ipséité par votre idée très féconde d’homéorhésis amorce le passage au problème de l’être même de l’histoire, donc de la destination originaire de l’homme. » – Paul Ricoeur, 1995

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SE-SOPHOS

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SE-SOPHOS

Emmanuel Legeard © 2015

A Christian Broutin

Tout part toujours d’une pierre. Tout part toujours d’une pierre parce que la condition humaine est d’habiter le monde. La borne initiale, et la stèle ultime à quoi tout retourne, c’est ce dieu informe et énigmatique dont ni le temps ni les hommes ne sont venus à bout, cette pierre emmaillotée recrachée par Cronos, indélogeable enfin du temple de Zeus et qui rayonne tel un cœur palpitant par le rythme de son mètre vivant. Tout part d’une pierre, irrépétable et répétée à l’infini, car sur cette pierre tout est bâti. Sisyphe était un roi bâtisseur. Dans une vie antérieure, Teshub, peut-être, un dieu par qui le ciel s’unissait à la terre.

La pierre symbolise la frontière métaphysique entre les mondes. Entre la puissance et l’impuissance, entre la vie et la mort, entre le possible et l’impossible, entre l’éternité incréée et la succession créée qui invente le temps des hommes, et bien sûr entre le Même et l’Autre, car la pierre brute, le minéral intact est, par son extériorité absolue, le seuil du tout-autre. Les blocs non dégrossis des autels primitifs renferment à tout jamais l’idée de la divinité.

L’omphalos et le bétyle sont des bornes cosmiques investies du maître-mot, du logos inexprimable par quoi tout le reste existe et s’exprime dans sa diversité sensible. Dans son temple, au sommet du Capitole, Jupiter cohabite avec Terminus, le dieu immémorial et indéracinable que Tarquin n’a pu déloger – c’est le dieu des bornes et des frontières. C’est le dieu de la séparation et de la succession créée, de l’espace et du temps historiques. De l’ordre, donc, face au chaos primordial. Par la ségrégation, Terminus rend sacrée toute différence. Et quiconque déplaçait une borne, où qu’elle soit dans Rome, devait en rendre compte sous le regard du ciel et dans l’austérité de sa conscience à ce dieu représenté par une pierre brute et sans voix.

De Terminus, on a fait terme pour désigner le mot qui fixe les essences. Car la borne cosmique originelle est le siège de la puissance de nommer. Elle donne un sens à tous les noms dérivés d’elle et une signification au rythme qu’elle engendre, de borne en borne et d’aller en retour vers la Ville Éternelle dont Rome n’est qu’un mirage éphémère. Le cœur de pierre est l’ultime générateur du rythme de la vie: au commencement était le Verbe, et le Verbe était rythme et couleurs.

Victor Bérard pensait que le nom mystérieux de Sisyphe dissimulait se-sophos, le très habile. Car les Grecs appelaient sophos quiconque maîtrisait un savoir-faire extraordinaire. Je ne m’étonne pas qu’un roi fortificateur soit appelé « se-sophos » quand il pousse un rocher au sommet d’une Acrocorinthe en proie aux séismes. Où mieux que dans l’architecture et la maçonnerie du refuge réalise-t-on l’identité profonde du savoir-faire et du savoir-vivre puisque habiter, c’est construire?

Pour le bâtisseur de cathédrales, pour celui qui naguère encore édifiait sa maison, construire, c’était énoncer silencieusement le nom de dieu. C’était unir l’être et l’avoir dans la quadrature du cercle: faire entrer la croix polaire dans le cercle cosmique ou le cercle infini de l’esprit qui souffle dans la base carrée des fondations humaines. C’était enchanter le monde. C’était manier la pierre philosophale. Au-dessus du dieu Terme, le temple de Jupiter était à ciel ouvert. Car notre ancrage n’est pas seulement cartographique. L’ampleur n’est rien sans l’intensité, sans l’exaltation réciproque du charnel et du spirituel sur cet axe polaire de l’ailleurs absolu.

On n’habite jamais que là d’où le monde parle pour nous.

Par la pierre originelle et sacrée, terme ou terminus, Verbe fondateur, nous recevons en partage ce que nous avons à être, et qu’il nous faut affirmer par l’action. Mais qui sait ce qu’habiter veut dire? Habiter, c’est fréquenter la grâce, c’est faire fructifier le don, c’est bâtir et cultiver, c’est abriter – ἀγάπη.

Nous devons cultiver et bâtir, et nous mettre à rebâtir, mais l’histoire ne se répète jamais – elle s’harmonise. Sauf peut-être pour celui qui sous un ciel de pierre, après que l’histoire aura fini, continuera une tâche sans nom dans un monde sans vie.

Citations – Partie I

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« Il me semble, en effet, que l’émotion véritable, plutôt qu’un accélérateur des réflexes – comme elle est souvent présentée – sert au contraire à abolir les automatismes pour se donner le temps d’examiner avec une intensité accrue ce qui dans l’univers familier recèle un intérêt ou un danger. »

Emmanuel Legeard, L’Erreur humaine.

« La culture générale est en fait la culture américaine qui réduit le monde en fiches suivant le plus petit dénominateur commun et s’estime quitte de l’effort de comprendre moyennant quelques caricatures hollywoodiennes où l’essentiel est anéanti. »

Emmanuel Legeard, L’Erreur humaine.

« En quelque sorte, l’homme est essentiellement technicien; depuis toujours, c’est par l’intermédiaire de prothèses qu’il est obligé d’agir sur son environnement. »

Emmanuel Legeard, L’Erreur humaine.

« Ensuite, tout indique que l’homme a depuis l’origine eu besoin de répondre à des questions d’ordre ontologique, précisément sans doute à cause d’une ontogenèse inaboutie et de cette séparation d’avec le monde dont il a de tout temps cherché à soulager la cruauté. »

Emmanuel Legeard, L’Erreur humaine.

« Le couple Enkidu-Gilgamesh est d’ailleurs tout à fait caractéristique du malaise humain, entre nostalgie du bon sauvage et aspiration au surhomme. »

Emmanuel Legeard, L’Erreur humaine.

« On tient communément pour admis qu’Adam et Eve ont été chassés du paradis pour avoir péché. Mais en quoi ont-ils péché? Leur crime, selon moi, est le même exactement que celui de Prométhée (celui qui sait avant les autres): ils ont voulu violer les lois de la providence. En d’autres mots, mais très exactement, ils ont voulu « doubler » Dieu »

Emmanuel Legeard, L’Erreur humaine.

« l’élaboration technique elle-même se confond toujours plus ou moins avec la capacité prédatrice à prendre de vitesse, à anticiper sur l’ordre naturel pour des raisons évidentes de contrôle et de domination »

Emmanuel Legeard, L’Erreur humaine.

« Avec l’évolution, la tendance au contrôle anticipé s’est hypertrophiée jusqu’à devenir presque monstrueuse chez l’homme moderne qui s’efforce d’évacuer tout imprévu d’une Physis coupée du Logos, et seulement considérée désormais comme un gisement de matière exploitable. »

Emmanuel Legeard, L’Erreur humaine.

« Car ce n’est pas vraiment la teneur des droits de l’homme, leur caractère intrinsèque, qui est discutable. C’est leur instrumentalisation. D’abord, décréter les droits de l’homme, c’est décréter que « l’homme » à défendre, c’est l’homme sans qualités, l’homme sans épithète, un homme qui par conséquent ne serait rien pour l’essentiel. Juste… un homme. Or un homme comme ça, ça n’existe précisément pas. Ce qui définit l’homme en tant qu’homme c’est qu’il est toujours quelqu’un. On ne peut pas être tout court, à moins qu’on ne soit Dieu. Evidemment, une telle conception des choses est éminemment récupérable par une dictature, puisqu’il est extrêmement facile d’en extrapoler que le Bien, c’est le Nul, et ensuite de diaboliser tout ce qui tend à l’existence ou à la réalisation de soi, donc à s’opposer en puissance à l’arbitraire du chef absolu ou au rendement de la machinerie sociale. Dans ce sens très évident pour moi, mais incompréhensiblement invisible à tout le monde, les droits de l’homme signent la fin de la liberté d’expression.

Le deuxième problème, complémentaire du premier, c’est que l’autorité qui s’arroge, de façon forcément illégitime, le rôle de faire respecter les droits de l’homme, s’accorde en même temps le droit de décréter qui est l’Ennemi de l’Homme. Il lui est alors loisible de diaboliser qui bon lui semble. Dans ce sens, les droits de l’homme sont éminemment commodes, puisqu’ils excluent logiquement que l’homme soit son propre ennemi. Par conséquent, l’ennemi de l’homme est forcément l’ennemi traditionnel du genre humain, autrement dit: le Diable. »

Emmanuel Legeard, L’Homme et ses droits.

« Les gens se cherchent et se trouvent automatiquement des raisons d’aimer ce qu’ils sont obligés de subir pour ne pas avoir à sortir de leur paresse ou de leur lâcheté. C’est à ce prix seulement qu’ils peuvent continuer à s’aimer eux-mêmes, à entretenir l’illusion de la liberté indispensable à leur amour-propre. C’est cette rétrodynamique sociétale qui a donné l’homme fonctionnel, pur produit des médias de masse et de la société de consommation. »

Emmanuel Legeard, Entretien avec Peeters.

« Plus besoin de propagande; aujourd’hui, on « communique », c’est-à-dire qu’on se transmet en temps réel les déclics injectés dans le circuit par les médias, comme des machines de Turing accomplissant leurs opérations sans réflexion, juste pour rester disponible à l’impératif de réagir simultanément à des mots d’ordre diffus, comme descendre dans la rue, etc. »

Emmanuel Legeard, Entretien avec Peeters.

« Les médias, par définition, ne sont jamais neutres. Ils structurent la novlangue, qui est la langue de la communication, du politiquement correct, du prêt-à-penser taille unique. Petit à petit, on est piégé par un vocabulaire artificiel que nous ne contrôlons plus et qui gouverne nos rapports sociaux. Ce vocabulaire n’est pas anodin; il fonctionne comme un opérateur binaire qui permet de neutraliser la pensée et de retourner la critique du pouvoir contre celui qui essaie de la formuler. Les médias sont donc des dispositifs sociopolitiques d’interaction systémique, ils servent de courroies de transmission du pouvoir; mais il ne faut pas oublier que ce sont les gens eux-mêmes qui les mettent en jeu. Personne ne vient chez vous allumer la télévision. C’est vous qui le faites. »

Emmanuel Legeard, Entretien avec Peeters.

« Qu’est-ce qu’on appelle identité? En ce qui me concerne, c’est la façon dont vous vous conformez à la caricature que les autres se font de vous. Dernièrement, j’ai entendu que nos brillants journalistes se mettaient à appeler les Français des « Gaulois ». C’est ça, l’identité? A quand les Cro-Magnon? Car il n’y a aucune raison de s’arrêter là. Claude Bernard, Poincaré, Mermoz, Balzac ne sont pas des « Gaulois ». Ce sont des Français. Le Concorde, Ariane, le TGV, l’aspirine, le vaccin contre la tuberculose, la carte à puce, la téléchirurgie ne sont pas des réalisations gauloises, mais françaises! Cette tribalisation des Français me semble intentionnelle, elle est en tout cas malveillante, elle a pour objectif de les diminuer dans une caricature invalidante d’eux-mêmes et de les faire passer pour des reliques embarrassantes, de les marginaliser chez eux. »

Emmanuel Legeard, Entretien avec Peeters.

« (On sait qu’on vit sous une dictature quand on ne) vous interdit pas seulement de dire ou de penser certaines choses, on vous oblige à penser ce que l’Etat veut que vous pensiez, on vous dicte quoi dire et quoi penser, positivement, afin de chasser de votre cerveau toute possibilité d’esprit critique et de réflexion personnelle. »

Emmanuel Legeard, Entretien avec Peeters.

« (P)our assurer l’avenir d’une société, celle-ci doit être confiée à des gens qui ont intérêt à sa conservation, donc évidemment aussi à son progrès moral et intellectuel. Mais les sociétés ne sont pas homéostatiques, à moins qu’elles ne soient totalitaires; elles ont un régime homéorhétique. Elles se conservent en se dépassant. »

Emmanuel Legeard, Entretien avec Peeters.

« Si vous ne pensez pas que ce que vous avez à défendre puisse se faire sur (un plan qui transcende le présent), alors – à mon avis – c’est que ça ne mérite pas d’être défendu, ou bien qu’on ne mérite pas d’y accéder. »

Emmanuel Legeard, Entretien avec Peeters.

Willibald Sauerländer

« Emmanuel Legeard bezeichnet das Portal der Kirche von Germigny-l’Exempt treffend als « un seuil où deux dimensions antagonistes se téléscopent et l’arc se brise« . Er ist ein vielseitiger Gelehrter. Aber er ist kein grauer Theoretiker, der im Abstrakten verbleibt. Eine derartige Untersuchung wie die vorliegende bedeutet vielmehr eine Selbstbesinnung über das französische Wesen. Emmanuel Legeard tritt hier als Vermittler auf, um die Wurzeln des französischen Katholizismus ans Tageslicht zu befördern. Er hat wieder einmal, wie bereits so oft in seinem jungen Leben, die Rolle des produktiven Störenfrieds übernommen gegenüber der Sterilität einer besitzständischen Akademikerkaste. Kenntnisse aus zweiter Hand genügen ihm nicht; es ist überlebenswichtig für ihn, in die Welt einzugreifen. (…) Emmanuel Legeard nimmt eine Sonderstellung ein durch seinen untrüglichen Instinkt und durch sein impressionistisches Evokationsvermögen, das die ungeahnte Ausdruckskraft einer vermutlich unbedeutenden (und deshalb unbekannten) Kirche aus dem 12. Jahrhundert sichtbar macht und zum Leben wieder erwacht. Durch genau solche Menschen wie ihn habe ich Frankreich lieben gelernt. »

Willibald Sauerländer, Préface à: Une Eglise-témoin dans l’espace et dans le temps.

Un immense remerciement à Mme Phoebe Thomas et à la traductrice bénévole de cette préface, Mme Lise Lefebvre (Permondo) .

« Emmanuel Legeard évoque avec à-propos le portail de l’église Notre-Dame de Germigny-l’Exempt dans ces termes : « un seuil où deux dimensions antagonistes se télescopent et l’arc se brise ». C’est un érudit aux talents multiples. Mais il n’a rien d’ un théoricien ennuyeux, qui resterait dans le domaine de l’abstraction. Une analyse telle que celle qu’on a lue plus haut prend, au contraire, le sens d’une méditation sur l’esprit français. Emmanuel Legeard fait, ici, figure d’intermédiaire, dans le but d’amener au grand jour les racines du catholicisme français. Une fois de plus, comme si souvent déjà dans sa jeunesse, il a joué les trublions efficaces, face à la stérilité d’une caste universitaire campée sur ses acquis. Les connaissances de seconde main ne lui suffisent pas ; se colleter avec le monde est, pour lui, d’une importance plus que vitale. (…) Emmanuel Legeard occupe une place à part, par son instinct infaillible et son pouvoir d’évocation impressionniste, qui donne à voir la puissance expressive insoupçonnée d’une église du 12e siècle, apparemment insignifiante (et donc, inconnue), et la fait revivre. C’est précisément grâce à des hommes comme lui que je me suis mis à aimer la France. »

Willibald Sauerländer, Préface à: Une Eglise-témoin dans l’espace et dans le temps (2015). Traduction de Mme Lise Lefebvre pour la réédition de 2018.

 

 

 

VERS UN SITE DEDIE

Le collectif Emmanuel Legeard composé d’Eric Coulon, Gilles Maggiani, Viviane Forrester, Ludovic Rivard, Kouassi Kourouma et André Théry s’est réuni cette nuit pour planifier l’élaboration d’un site dédié à Emmanuel Legeard, écrivain, philosophe, activiste. Un simple blog WordPress n’est plus à la hauteur de l’enjeu. Etant donné le très grand nombre de backlinks Wikipedia, .edu, etc. qui pointent vers le blog, nous réfléchissons actuellement à la meilleure façon d’opérer la migration. Nous vous tenons informés. Bonnes vacances! Amicalement, AT

Conférence Emmanuel Legeard

Conférence d’Emmanuel Legeard et d’Alain Rafesthain sur le Maquis du Berry. Source: Le Berry Républicain

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UNE CONFERENCE SOUTENUE PAR:
La Fondation pour la Mémoire de la Déportation
Les Amis de la Fondation de la Résistance
La Fondation de la France Libre
Le Musée de la Résistance en Morvan
Le Musée de la Résistance en ligne
Le Musée de la Résistance et de la Déportation du Cher
L’Académie d’Orléans-Tours

Jusqu’à la lie…

« La coupe du monde de football nous montre crûment pourquoi une démocratie réelle est réellement impossible. Cet événement qui ne représente rien, absolument rien, qui est totalement dépourvu de signification, sauf évidemment pour la haute finance qui en dégage des bénéfices énormes, cet événement, donc, permet de zombifier en un claquement de doigts 90% d’une population supposément civilisée. Grâce à ce spectacle dégradant pour l’humanité, nous comprenons mieux le cynisme de nos tyrans vis-à-vis des peuples. Nous comprenons que « démocratie » n’est qu’un mot permettant de tyranniser les peuples avec leur assentiment. » – Emmanuel Legeard, Entretien avec Sébastien Miggiano, 1998