Étiquettes

,

Un homme fonctionnel, aujourd’hui, c’est celui qui se résout totalement dans sa fonction de représentation et renonce à toute personnalité pour docilement consentir à devenir lui-même un objet de consommation symbolique et standardisé. Comble du dérangement, son statut d’esclave, il s’acharne à l’obtenir dans une lutte de tous contre tous comme si la jalousie sociale était la médiatrice de tout bonheur et qu’on ne pouvait jamais désirer que par imitation du désir de l’autre. Mais le rôle de cet homoncule est prodigieux: c’est le rétrovirus transfecteur de l’idéologie du pouvoir. C’est lui qui assure la cybernétique de l’autocensure, lui qui empêche la réalisation du bien collectif par sa fatuité d’imbécile et son stupide esprit de compétition. Pour la démocratie libérale, il est le pion majeur, l’atomiseur social, celui qui enraye le retour du politique contre la dictature technocratique des marchés: l’idiot-outil. – Emmanuel Legeard, Vers un homme fonctionnel: le colla-bobo, 2001.

[L]a Banque, elle, ne parle de « République » que pour l’opposer au peuple. Elle ne défend l’Etat que pour mieux détruire l’Ethnos. Dans République, elle met le même « publique » que le souteneur met dans « fille publique »: le pays est sa chose à exploiter froidement, elle le profane, elle le prostitue, elle le vole, et elle n’entend pas qu’on l’arrête. Vous résistez? Aussitôt les noms fusent dans les médias qui, évidemment, lui appartiennent: « extrême droite! », « extrême gauche! » Pour la Banque, la France est un hôtel, et manifestement, c’est un hôtel de passe… – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

Une « certaine idée de la France » – il est là l’universalisme. Et c’est un universel singulier parce que la France tire de son histoire un processus de différenciation qui lui est spécifique et personnel et qui est la manière intériorisée dont les Français se conçoivent du point de vue cosmobiologique, à la fois libres et enracinés, mais mythologiquement voués aussi à déployer leur existence comme un projet autonome dans le monde où ils se projettent. Pour un anarcho-gaulliste, l’universalisme français, c’est celui de la radicalité transhistorique, c’est la conscience que la France est à la fois déterminée par un patrimoine à défendre et irréductible à cette détermination. Sinon la France serait une caricature, et non un universel, c’est-à-dire une idée vivante. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

Pour de Gaulle, c’est la nature du peuple français qu’en lui l’universel se singularise et apparaît aussitôt sous une forme et un nom qui le délivrent de la banalité de la convention et le montrent tel qu’en lui-même, concrètement – car c’est le concret qui est irréductible; l’abstrait est classé d’avance. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

Le régime gaulliste était un régime personnel, je ne parle pas de la définition misérable du Petit Robert, je veux dire: de Gaulle était la personne à partir de laquelle toutes les personnes en France pouvaient exister en tant que françaises, c’est-à-dire s’arracher à la médiocrité pour se singulariser concrètement, sur le plan universel, par des qualités supérieures. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

Le gaullisme, c’est une philosophie de l’action qui met au sommet la loi de l’effort. Il ne s’agit pas de renoncer à ce qu’on est, mais au contraire de l’affirmer par la participation, par l’action de défense et d’illustration de « l’âme française » au sens où Oswald Spengler l’entendait, c’est-à-dire comme la forme en puissance dans la matière inerte d’où seule la vie peut la tirer par l’action. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

Dans une certaine idée de la France, il faut prendre idée au sens fort, au sens platonicien ou hégélien. L’anarcho-gaulliste peut supposer que de Gaulle pense comme Spengler – mais aussi comme beaucoup de théoriciens anarchistes – que tous les peuples ont leur personnalité et que leur évolution historique est liée au déploiement graduel et séparé d’une espèce de structure transcendantale, d’un archétype, d’une idée qui non seulement ne les oppose pas nécessairement les uns aux autres, mais leur fournit au contraire le seul médium à travers quoi ils puissent communiquer sur un plan supérieur, sur le plan de « l’esprit », afin de réaliser un monde, un cosmos, ou tous les peuples en collaborant se renforceraient mutuellement, comme les organes d’un organisme bien réglé. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

L’individualisme, c’est la compétition féroce, la barbarie; la guerre de tous contre tous, la « régression reptilienne » comme dit Rapaille. L’anarchisme n’est pas individualiste. L’anarchisme est personnaliste. Et la personne, brutalement, c’est le contraire de l’individu. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

L’individu, c’est le moi négatif qui n’existe que par l’exclusion ou l’instrumentalisation de l’autre. C’est un manque, c’est un néant, un vide que la consommation remplit, c’est l’homme sans qualités, qui se définit par la marque de sa chemise ou la couleur de ses chaussures. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

La personne, c’est l’être humain dans ce qu’il a d’unique, l’absolu qui rend sacrée la vie de l’homme libre, la façon dont celui-ci se définit par les plus élevées de ses qualités qui font qu’il est lui, et non un autre; et par conséquent – vous comprenez? – à cause de ça précisément: la personne différenciée, avec ses qualités positives, c’est aussi la condition d’existence de l’autre, la possibilité de son apparition. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

La méthexis, c’est la participation par l’action à l’idéal qui nous unit à la fois spirituellement et « organiquement » comme disait Hegel.  Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

Au contraire, la mimésis des sociétés individualistes, c’est l’imitation du désir de l’autre. L’individualisme est le produit de la triangulation du désir, ce n’est pas le camp de l’originalité, de l’authenticité et de la liberté, mais le camp de la jalousie, de l’exclusivisme, du fanatisme et de l’uniformisation. C’est ce vice que le libéralisme économique érige en vertu. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

[L]a culture de mort, c’est le programme politique qui encourage l’instinct de mort, c’est-à-dire la régression dans la barbarie. Qui réduit le concept de liberté à la nostalgie de la boue, celui d’égalité à la standardisation sur le pire, et celui de fraternité à la voyoucratie. Ce contexte social pousse les gens à se replier sur eux-mêmes, sur l’instinct de conservation; ils ne vivent plus, ils survivent parce que plus rien n’a de sens. C’est l’ère du vide obligatoire entérinée par les droits de l’homme négatif – cette idole asexuée, sans passé, sans avenir… l’homme rendu neutre; « neutralisé ». – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

L’individualisme égoïste et jaloux qui pousse les gens à se dévorer entre eux fait marcher le commerce tandis qu’évidemment, on ne songe plus à s’unir contre le pouvoir. L’instinct de mort est gouverné par la répétition, par la mimésis et la mêmeté de l’idem, par l’imitation et la caricature identitaire, par « l’instinct de survie » – car survivre, ce n’est pas un concept historique, ce n’est pas un concept humain; c’est infra-humain. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

[O]n est tombé du monde de l’archétype dans le monde de l’image, de la caricature, du stéréotype. L’image est le contraire de l’archétype; elle est matérialiste et mimétique. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

La plus belle saloperie, et le tour de force de la propagande atlantiste anti-Français a été de réussir à ce que les Français ne se voient plus qu’au travers des yeux de l’ennemi, comme une caricature ridicule, folklorisés pour le pire.  Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

La grande différence entre l’idée, l’archétype et la caricature, le stéréotype humiliant, c’est que tout le monde veut participer de l’idée alors que personne ne veut ressembler à la caricature. C’est ce qui a conduit au divorce entre la France et les Français. – Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

Ce qu’il faut voir, derrière ces épiphénomènes, c’est qu’il s’agit d’un blocage destiné à empêcher l’intériorisation de la condition de Français. L’effet net de cette stratégie générale, c’est l’atomisation, le séparatisme, la honte de soi – parfois, la haine de soi – qui crée le vide d’une société de la consommation superficielle et démotivée. Matérialiste et déshumanisée.  Emmanuel Legeard, L’Anarcho-gaullisme.

Pas plus Brassens que de Gaulle ne confondait la France qu’ils aimaient, l’un avec la « patrie » des sycophantes et des coupeurs de têtes pataugeant dans le sang et la boue, l’autre avec l’Etat vis-à-vis de quoi « français » n’est finalement plus qu’une épithète contingente. Emmanuel Legeard, L’Etat contre l’Ethnos

[L]e marxisme culturel n’a rien à voir avec le marxisme! C’est la langue officielle de la démocratie libérale qui l’instrumentalise pour contrôler l’opinion publique par l’intimidation majoritaire. Parce qu’objectivement, le politiquement correct sert les intérêts de la démocratie libérale. C’est l’outil clef du capitalisme post-industriel. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan.

[A]ujourd’hui, les T-shirts « Che Guevara » à destination des fils à papa de l’extrême-gauche caviar sont fabriqués en série dans des sweat shops du tiers-monde… où les kapos des multinationales enchaînent les gosses à des tables pour un bol de riz par jour. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

Le marxisme culturel, c’est la langue de cette nouvelle classe sociale post-industrielle, les fonctionnaires « culturels », les « créatifs », toute cette industrie d’inutiles et de fumistes « connectés » qui gagnent beaucoup d’argent à vendre du vent, de l’image et du réseau, des « conseils », de la « com », de la « pub » et qui travaillent dans le sociétal, le juridique, la finance, l’informatique […] Ces gens-là ne sont pas marxistes, ce sont – comme disait Gorz dans sa Critique du capitalisme quotidien – « les agents dominés de la domination ». – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

[C]’est la classe jaune intercalaire qui assure la « communication », c’est-à-dire la circulation de la propagande aliénante et l’autocensure collective. Bourdieu pensait que c’était une classe inconsciente de son utilisation parce qu’elle est entièrement absorbée par un individualisme… un « individualisme cosmétique », je dirais: captivé par le souci débile de l’extérieur, la Rolex à 50 ans, les séances d’abdominaux, le bronzage parfait, les petites vacances à Mikonos. Oui, chez eux le cosmétique a pris la place du cosmique. Le créatif a remplacé le créateur. C’est un simulacre d’existence. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

Le « citoyen » – le flic bénévole de la pensée qui ne pense pas lui-même… – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

[Les droits de l’homme] servent essentiellement à abolir la personne. La personne, c’est l’homme irremplaçable. Donc il s’agit avec les droits de l’homme d’obtenir un homme sans qualités, c’est-à-dire un « homme remplaçable » à merci à intégrer au « capital humain », ce mot d’un cynisme épouvantable que tous les imbéciles rabâchent parce qu’il est à la mode, sans prendre conscience de l’inhumanité radicale de cette dépersonnalisation des êtres humains sentant, pensant et nécessairement enracinés. Le capital humain, c’est le cheptel humain, ni plus ni moins. Cheptel transhumant au bon plaisir de la haute finance mondiale, cela va sans dire. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

[L]es droits de l’homme servent aussi, comme je l’ai montré il y a longtemps, à diaboliser quiconque s’oppose aux gardiens auto-proclamés de cette idole abstraite qu’est l’homme sans qualités, l’homme des droits de l’homme. Comme ils ont imposé l’idée qu’ils sont les bergers de la masse quantifiée, on admet qu’ils puissent décréter qui est « l’Ennemi de l’Homme ». Or l’Ennemi de l’Homme, on sait bien que c’est l’autre nom du Diable.  Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

Qui est le Diable, dans une démocratie libérale? C’est la classe dangereuse: le pauvre qui pense, et surtout l’autochtone dépossédé qui risquerait de revendiquer virilement le droit de faire ce qu’il veut chez lui. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

Et donc les droits de l’homme, comme on peut le constater dans les faits, sont utilisés pour neutraliser d’avance tout adversaire capable de s’élever par le mérite et qui aurait un droit de revendication légitime sur l’exercice du pouvoir en France. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

C’est ainsi qu’on se retrouve du jour au lendemain qualifié de nauséabond – parce que le diable pue, c’est bien connu. Il sent le soufre. En ce qui me concerne, l’emploi de l’adjectif « nauséabond » témoigne à lui seul que nous avons chuté dans la dictature et la barbarie: vous vous rendez compte? Dire de quelqu’un qu’il « pue » parce qu’il ne partage pas l’opinion propagée par la radio d’Etat? C’est effarant, le degré où nous sommes tombés. C’est ça, la démocratie libérale. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

La démocratie libérale, c’est la démocratie livrée au libéralisme économique mondialisé, c’est-à-dire le pays légal vendu au capitalisme antinational. C’est la confiscation de la représentation nationale par le régime des partis, donc les coalitions d’intérêts particuliers associés à des concurrences transnationales où la France a tout à perdre et rien à gagner. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

Le catholicisme a servi de véhicule pour recycler un fonds moral et mystique rigoureusement indo-européen qu’on retrouve de l’Himalaya jusqu’en Armorique en passant par Athènes et la Rome impériale. C’est en cela que le catholicisme traditionnel, c’est-à-dire patristique et canonique, est authentique. Infiniment plus authentique pour nous que le prétendu « retour » au « judéo-christianisme ». Le judéo-christianisme est un phénomène palestinien du Ier siècle de notre ère auquel nous n’avons jamais eu aucune part et qui n’a participé en rien à notre évolution spécifique en tant que Français ou Européens. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

La valeur dominante du catholicisme, c’est la charité, l’agape qui renvoie à un très vieux mot indo-européen signifiant la protection que le seigneur doit aux faibles et aux démunis. Les grandes figures du catholicisme français, c’est saint Martin de Tours, saint Yves de Tréguier, saint Vincent de Paul, et l’abbé Pierre. Je vous laisse réfléchir là-dessus. On est loin des illustrations représentant Jésus Christ avec des biceps hypertrophiés et canardant les « ennemis de l’Amérique » mitraillette au poing. Mais le catholicisme est une religion transcendante, alors que le protestantisme est plongé dans l’immanence. Il ne s’agit pas du tout de la même religion. – Emmanuel Legeard, Entretiens de Milan

Dans son temple, au sommet du capitole, Jupiter cohabite avec Terminus, le dieu immémorial et indéracinable que Tarquin n’a pu déloger – c’est le dieu des bornes et des frontières. C’est le dieu de la séparation et de la succession créée, de l’espace et du temps historiques. De l’ordre, donc, face au chaos primordial. Par la ségrégation, Terminus rend sacrée toute différence. Et quiconque déplaçait une borne, où qu’elle soit dans Rome, devait en rendre compte sous le regard du ciel et dans l’austérité de sa conscience à ce dieu représenté par une pierre brute et sans voix. – Emmanuel Legeard, Se-Sophos

Pour le bâtisseur de cathédrales, pour celui qui naguère encore édifiait sa maison, construire, c’était énoncer silencieusement le nom de dieu. C’était unir l’être et l’avoir dans la quadrature du cercle: faire entrer la croix polaire dans le cercle cosmique ou le cercle infini de l’esprit qui souffle dans la base carrée des fondations humaines. C’était enchanter le monde. C’était manier la pierre philosophale. Au-dessus du dieu Terme, le temple de Jupiter était à ciel ouvert. Car notre ancrage n’est pas seulement cartographique. L’ampleur n’est rien sans l’intensité, sans l’exaltation réciproque du charnel et du spirituel sur cet axe polaire de l’ailleurs absolu. – Emmanuel Legeard, Se-Sophos

On n’habite jamais que là d’où le monde parle pour nous. – Emmanuel Legeard, Se-Sophos