De Medio Aevo, la revue internationale d’histoire de l’art médiéval publiée par l’université de Madrid, a fait paraître son édition inaugurale de 2021. Elle comporte un article consacré à l’analyse comparée des tympans nord de l’église abbatiale de Saint-Gilles du Gard et de la cathédrale Notre-Dame de Laon avec ce que j’ai appelé le « portail de cathédrale en miniature » de Notre-Dame de Germigny-l’Exempt, église très insolite, et très ignorée dont Willibald Sauerländer – qui, comme on sait, n’est pas étranger à cette entreprise – regrettait qu’elle n’ait jamais attiré sur elle l’attention qu’elle mérite.

Les amoureux du patrimoine religieux exceptionnel du Moyen Age pourront lire l’article complet et gratuit en ligne, soit sur le site des éditions universitaires de Madrid, soit sur la plate-forme HAL du CNRS.

Cet article n’est que l’entrée en matière d’une série de livraisons qui auront lieu cette année. A suivre: un papier substantiel sur le siège bien étrange de Germigny-l’Exempt en 1108, où je propose une explication symbolique du clocher-porche dont le Pr. Yves Esquieu, éminent spécialiste de l’art roman et vétéran de l’archéologie médiévale, m’a confié qu’il trouvait les « proportions étonnantes » . Oui, Notre-Dame est étonnante. Et tous ceux qui la découvrent en conviennent: même aveu d’admiration de la part de Pierre Bonte, qu’on ne présente pas. M. Leday, pareillement, avait posté qu’en m’occupant de Notre-Dame, j’assurais « un apport tout à fait considérable à l’histoire religieuse de l’archéologie du Berry, bien abandonnée des instances ‘patrimoniales‘ », et Guy Devailly « qu’en faisant parler les pierres, (j’arrivais) à concilier différentes approches qui renforcent l’intérêt de ce monument. » De tels parrainages sont beaucoup d’honneur, mais ils suscitent aussi de grands scrupules qui m’ont poussé à explorer, examiner, vérifier sans cesse, bref à remettre cent fois sur le métier un ouvrage dont à plusieurs reprises j’ai pensé ne jamais voir la fin. Je crois y être à peu près arrivé. Rien n’est parfait, sans doute, et le travail du défricheur est ingrat. Mais il est, aussi, exaltant. Ce défricheur n’est d’ailleurs pas dépourvu de repères. Ses points cardinaux s’appellent Willibald Sauerländer, Guy Devailly, André Leguai et Dominique Iogna-Prat. Cela n’empêche nullement qu’il me soit arrivé de contester Sauerländer ou Devailly sur des détails excessivement subalternes; il me semble en effet avoir prouvé qu’il n’y a ni « fleuve du paradis » ni « évangéliste » à Notre-Dame[1], et que les mobiles qui animaient Louis VI au siège de 1108 n’étaient pas aussi désintéressés qu’on l’a avancé dans ce monument de référence, incontournable et d’une solidité généralement granitique, que constitue Le Berry du Xe siècle au milieu du XIIIe

[1] Ces erreurs, en réalité, ne sont pas imputables à Sauerländer. Elles résultent d’une lecture fautive de ceux qui l’ont d’abord recopié de travers pour ensuite passer cinquante ans à se recopier entre eux sans jamais aller voir l’édifice ni visiblement relire (ou lire) Gotische Skulptur in Frankreich. Ce que le savant allemand avait écrit, c’est qu’il existe à Germigny une console dont la figure présente une parenté stylistique avec celles de Saint-Pierre-le-Moûtier et d’une clef de voûte de Vézelay qui seraient des fleuves du paradis. Il n’a jamais prétendu que la figure germinoise était un fleuve du paradis. Et, de fait, ce n’en est pas un. Concernant l’évangéliste, Sauerländer s’est contenté de proposer une interprétation qu’il jugeait visiblement très fragile, en l’entourant de toutes sortes de précautions oratoires, et en lui assignant une typographie sans ambiguïté: parenthèses, point d’interrogation. Ce n’est donc pas le sérieux de Sauerländer qu’il s’agit de remettre en question.